Escape GameBlogInterviews[Interview] Record du monde : ils ont joué 22 escape games en 24 heures

[Interview] Record du monde : ils ont joué 22 escape games en 24 heures

Pour Rich Bragg, Dan Egnor, Ana Ulin et Amanda Harris, le 2 octobre 2018 marquera pour toujours le début d’une folle aventure : à 8h15 ce matin-là, à Moscou, cette équipe d’amis résidant aux États-Unis se lançait le défi de jouer 20 escape games minimum en 24 heures.

Le 3 octobre à 7h54, fatigués mais heureux, ils achevaient leur 22e et dernier jeu d’évasion consécutif et entraient ainsi dans le Livre Guinness des records. Ils resteront à jamais comme les tout premiers détenteurs d’une catégorie créée à leur initiative, celle du « plus grand nombre d’escape games joués en un jour ».

Aboutir à la création d’une nouvelle catégorie du Guinness n’est pas si facile. Pour que cette tentative de record soit acceptée par l’entité britannique, Rich, Dan, Ana et Amanda ont dû négocier et accepter pas mal de conditions préalables.

Pour qu’un record soit établi à l’issue des 24 heures, ils devaient…

  • Jouer un minimum de 20 rooms.
  • Afficher un taux de réussite minimum de 50% (sur les 22 salles jouées, ils n’ont comptabilisé qu’un échec).
  • Passer 30 minutes au moins dans chaque salle. Interdiction de sortir de la room avant la fin de l’heure, sauf si la mission est accomplie. Tous les quatre devaient être actifs jusqu’à la fin du compte à rebours ou jusqu’à ce que le jeu soit terminé.
  • Se déplacer en transports en commun, à pied ou en taxi.
  • Filmer l’intégralité de la tentative via des caméras embarquées.
  • Toujours jouer devant des témoins indépendants, les game masters n’entrant pas dans cette catégorie.

Après avoir découvert cette équipe dingue d’escape game sur le site de nos confrères américains Room Escape Artist, on a voulu en savoir davantage sur leur record du monde et sur eux. Ils ont accepté de répondre aux questions d’Escape Game Paris.

Combien d’escape games aviez-vous joués avant cette tentative ? On imagine que vous faites souvent équipe ensemble ?
Rich : J’ai connu Dan et Ana bien avant que les escape games existent ! On faisait partie de la même communauté, celle des amateurs d’énigmes de la région de San Francisco. Aujourd’hui, sur les plus de 550 rooms que j’ai testées, j’en ai jouées au moins 350 avec eux. On a tous les trois rencontré Amanda en novembre 2017 (elle est la seule membre de l’équipe à ne pas vivre en Californie mais en Caroline du Nord), et depuis j’ai joué 65 fois avec elle.
Dan : Je crois qu’on avait tous plus de 400 rooms au compteur en tout cas. Amanda a fait sa 900e salle pendant le record !
Ana : Je n’avais pas tout à fait joué 400 salles mais presque. Je suis la moins expérimentée des quatre.
Amanda : Notre max de rooms testées en une journée était de 10 ou 11 avant ça.

Toile de tente
De gauche à droite, Rich, Dan, Ana et Amanda, à l’issue de leur 21e salle consécutive : « Steampunk : The Airship ».

Comment avez-vous eu l’idée de tenter ce record du monde ?
Dan : Notre voyage à Moscou était déjà programmé lorsqu’on a commencé à envisager ce record du monde.
Rich : Tout a commencé début 2017, le jour où j’ai entendu dire qu’à Moscou, l’enseigne Claustrophobia proposait plus de 50 escape games différents jouables 24 heures sur 24 (en réalité tous ne sont pas accessibles la nuit, mais la majorité le sont). Je ne sais plus si c’est moi ou quelqu’un d’autre qui a fait remarquer que c’était le seul endroit au monde où il était possible de jouer nuit et jour. L’un d’entre nous a alors évoqué l’éventualité d’un record du monde.

Pourquoi n’avez-vous pas plutôt organisé votre tentative aux États-Unis, où la barrière de la langue et de la culture ne vous auraient posé aucun problème (sur les quatre membres de l’équipe, seule Ana parle russe) ?
Ana : La disponibilité des rooms 24 heures sur 24 était essentielle ! Aux États-Unis, on ne connaît pas d’enseigne où il est possible de jouer la nuit.
Dan : Et puis on a joué dans tellement d’autres villes dans le monde qu’il aurait été difficile de trouver des jeux que chacun d’entre nous n’avait pas déjà testés. L’enthousiasme de Claustrophobia Moscou a aussi été décisive, ils nous ont beaucoup aidé à nous organiser (les 22 escape games joués pendant le record sont des salles de Claustrophobia Moscou). Si on ne les avait pas senti aussi emballés, peut-être qu’on aurait abandonné l’idée…

Quelle a été la réaction de votre entourage quand vous leur avez annoncé que vous vous lanciez ce défi ? Certains vous ont-ils traité de fous ?
Amanda : Oui ! Mais parfois les gens étaient plus sympas et utilisaient les mots « dévoués » ou « passionnés ».
Dan : Pour ma part, mes amis « normaux » avaient déjà décidé que j’étais fou il y a très longtemps ! Sûrement le jour où je leur ai appris que j’avais fait 400 rooms, ou quand je leur ai dit : « Je pars en vacances en Europe avec des amis, on ne va quasiment rien faire d’autre que des escape games… »

Comment étiez-vous organisés pour les ravitaillements ? Aviez-vous programmé des pauses pour vous reposer et manger, ou bien utilisiez-vous toujours vos temps de trajet pour cela ?
Amanda : On transportait un sac rempli d’encas, mais on n’en a pas mangé beaucoup finalement. Rétrospectivement, je pense qu’on n’a pas assez mangé et qu’on ne s’est pas assez hydraté. Chaque établissement proposait du café et du thé en libre service et ça nous a beaucoup aidés, ce n’est pas souvent le cas dans les enseignes américaines.
Dan : Les équipes de Claustrophobia ont été super, elles nous ont par exemple fait livrer des pizzas. On a pris une seule vraie pause repas (de 40 minutes), parce qu’on attendait qu’une room se libère. On était en avance sur le timing.

Répartition du temps passé

À partir de combien de salles la fatigue s’est-elle fait fortement ressentir ?
Dan : Je me sentais fatigué avant même qu’on commence… Mais on ne peut pas vraiment dire qu’on a été assommé de fatigue à un moment donné. Si on avait eu du temps pour une 23e salle, on l’aurait jouée. Ce qu’on remarque quand on teste beaucoup d’escape games, c’est qu’on est toujours davantage fatigués après que pendant les jeux. Quand on est en train de jouer, on trouve toujours de l’énergie.
Ana : Pour moi, les moments les plus difficiles étaient dans les transports et quand on attendait pour passer à la salle suivante.
Rich : Mentalement, je n’ai pas vraiment ressenti de fatigue. Je n’ai pas ressenti l’envie de dormir non plus. Mais physiquement, c’était dur. Pendant toute la deuxième partie de la tentative, j’avais très mal aux jambes et aux pieds. Je me souviens très bien que, à quelques reprises dans la salle « Stir in Springfield », je me suis assis par terre pour réfléchir aux énigmes. Et quand il fallait se lever pour passer au casse-tête suivant, mon corps ne voulait plus m’écouter.
Amanda : Dès qu’on joue plus de cinq escape games d’affilée, il suffit qu’on tombe sur une mauvaise salle pour que ce soit vraiment dur. Heureusement, les jeux de Claustrophobia étaient tous de qualité et cela nous a permis de garder notre enthousiasme tout au long des 24 heures.

Vous n’étiez donc pas si fatigués après ces 22 escape games consécutifs ?
Amanda : Étonnamment, pas tant que ça non… C’est grâce à l’adrénaline ! À la fin, j’étais vraiment fière de notre équipe.
Ana : Moi je me sentais fatiguée, heureuse qu’on ait réussi et heureuse que ce soit terminé !

Trophée Guinness des records
 

Pensez-vous que votre record puisse être battu ?
Ana : Oui, sans hésiter ! Il s’est écoulé pas mal de temps à chaque changement d’enseigne, on a pris du temps pour manger… En plus, parmi les salles qu’on a jouées, beaucoup étaient difficiles, et le temps de jeu de certaines était de 75 minutes et non 60. Quelqu’un de très motivé pourra mieux optimiser ses trajets, choisir des rooms plus faciles et nous battre.
Amanda : Je pense qu’on a placé la barre assez haut quand même ! On a souvent réussi les rooms en 30 à 45 minutes, avec un nombre d’indices proche de nos habitudes (à Claustrophobia, les indices sont à la demande). Mais une équipe pourrait trouver des salles plus courtes et choisir de prendre beaucoup d’indices (les règles du Guinness ne l’empêchent pas).
Rich : On a passé 40 minutes à attendre qu’une room se libère, et il nous restait 20 minutes à la fin. Si tout s’était passé à la perfection, on aurait donc très bien pu en jouer une de plus…