Escape GameBlog[TEST] « Libérez Émilie » : un récit interactif plus qu’un escape game

[TEST] « Libérez Émilie » : un récit interactif plus qu’un escape game

La nouvelle salle de La Pièce est arrivée ! Enfin… presque. Avant la vraie « Deuxième pièce », l’enseigne parisienne sert, durant deux mois, de base à une expérience éphémère gratuite et promotionnelle de la série « Les Témoins » dont la deuxième saison vient d’être diffusée sur France 2. On choisit volontairement de parler d’une « expérience » plutôt que d’un escape game, tant cette salle nous a semblé singulière. Elle est un peu aux jeux d’évasion ce que « Heavy Rain » est aux jeux vidéo : un récit interactif. Mais là où le titre de Quantic Dream excelle, la pièce des « Témoins » rencontre quelques difficultés inhérentes à l’exercice.

« Libérez Émilie » est une expérience conçue pour deux joueurs. Mi-IRL mi-réalité virtuelle, c’est l’une des premières salles du genre en France. Le gameplay et les énigmes sont assez peu présents, vous serez moins acteurs de cette histoire que spectateurs. Elle s’adresse davantage aux fans de la série qu’aux simples amateurs d’escape game. Bien sûr, on ne doute pas que la plupart des escape gamers apprécieront leur moment dans les sous-sols de La Pièce (rien qu’au sein d’Escape Game Paris, nos deux équipes ont eu des ressentis très différents), mais aimer les escape games ne vous garantira pas d’être le cœur de cible que Cinétévé, la boîte de production derrière cette opération, cherche à atteindre… Ici, mieux vaut savoir où vous mettez les pieds.

Le scénario

« Enlevée et séquestrée dans le sous-sol d’une maison abandonnée, Émilie vous appelle à l’aide. Tentez de libérer la première victime du serial killer au cœur de la saison 2 des Témoins. »

N’en déduisez pas trop vite que vous jouerez le rôle des enquêteurs : tout est fait pour vous mettre dans la peau de la victime. Émilie S. est captive dans une cave depuis des mois, voire des années, esclave sexuelle d’un maniaque. Évidemment, si cela se rapproche un tant soit peu de votre histoire personnelle ou de celle d’un.e de vos proches, mieux vaut ne pas mettre un orteil dans cette salle. Vous serez enfermés dans une pièce exigüe, peu voire pas éclairée, entourés de bruits dont on se sait pas toujours s’ils font partie du jeu ou non, ou alors équipés d’un casque de réalité virtuelle, réalité dont vous ne savez pas quoi attendre ou ce qui peut en surgir… Pas besoin d’être claustrophobe pour ressentir un certain malaise. Mention d’ailleurs aux divers effets spéciaux réalisés et intégrés par Labsterium, qui sont très réussis et parfois magiques.

Free c’est génial… quand on n’a pas besoin du SAV

Les escape games ont leurs codes tacites, que les habitués ont entendus de très nombreuses fois, et qui peuvent conditionner leur comportement dans une salle : chaque élément ne sert qu’une fois, rien au-dessus d’une certaine hauteur, pas besoin d’utiliser la force… et si vous bloquez, un maître du jeu sera là pour vous aiguiller. Hé bien oubliez tout de suite ce dernier point : dans « Libérez Émilie », vous êtes livrés à vous-mêmes. Bien sûr vous serez suivis, mais votre game master sera uniquement là pour vous délivrer en cas de problème. Vous êtes immergés sans mal dans le récit et comprenez où on vous emmène ? Très bien. Vous êtes dérangés par l’ambiance et avez du mal à rentrer dedans ? Tant pis. Prenez votre mal en patience et attendez 45 minutes (la durée totale de l’expérience) avant qu’on vienne vous libérer. Ou alors abdiquez après 15 longues minutes à ne pas savoir comment avancer car un point du jeu est rendu vague par le brief que vous avez reçu, et que l’ambiance sonore commence à vous rendre fous. On ne va pas vous mentir, ce fut notre cas. Et on ne vous mentira pas non plus, la frustration devant le sentiment d’avoir compris une énigme mais ne pas réussir à la résoudre est de taille.

Involontairement, Cinétévé a poussé notre impression de captivité un peu plus loin que prévu. Nous sommes cueillis à la sortie de la salle par notre maître du jeu accompagné du producteur de la salle, et ce dernier s’amuse de notre malaise durant la partie : « C’était jubilatoire, de te voir assise comme ça à ne rien faire : c’est exactement ce qu’on a voulu faire, que les gens soient mal à l’aise ! » Il commence alors à décortiquer notre partie en surinterprétant nos faits et gestes, hilare. Toute la bienveillance de notre game master n’a pas suffi à gommer ce sentiment détestable d’avoir été les victimes de sa mauvaise blague.

Si vous êtes fans de la série « Les Témoins » ou d’autres de ce genre, vous aimerez sûrement « Libérez Émilie ». Si vous êtes simplement fans d’escape, vous aimerez peut-être cette expérience singulière, mi-IRL mi-réalité virtuelle, mi-récit interactif mi-escape room, qui vous plongera dans un univers oppressant.

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